Chronique n°4 : L’autre Depardieu
Quatrième long métrage du duo Benoît Delépine et Gustave Kervern, Mammuth était le seul film français en compétition à Berlin. Point de suspens, le film n’a remporté aucune récompense lors du palmarès de la 60ème Berlinale décerné hier soir.
Le film avait pourtant formidablement bien commencé, Gérard Depardieu y incarne le personnage de Serge, jeune retraité qui se voit contraint pour toucher sa retraite de récupérer des documents administratifs chez ses anciens employeurs.
A l’opposé de son personnage d’Alexandre Dumas, également projeté à Berlin, l’homme est du genre taiseux, l’acteur joue à l’économie, les mots n’en ont que plus d’intensité. Depardieu est juste tout du long, Yolande Moreau est formidable et le couple fonctionne : deux acteurs « à gueule » se font face.
Les vingt premières minutes me touchent, fleuretant entre humour décapant et féroce critique sociale. La première scène tournée dans un abattoir s’inscrit dans un registre ultra réaliste, on ressent dès cet instant le poids de la solitude pesant sur Serge. Scène d’adieux entre collègues semblant d’avantage intéressés par leurs biscuits apéritifs que par le départ de Serge. Après dix années de bons et loyaux services, ils lui offrent un puzzle… on ne sait pas s’il faut en rire ou en pleurer.
Ce grand moment de solitude se poursuit tout du long, Serge est la retraite et s’occupe comme il peut, laissant ainsi place à des scènes émouvantes et cocasses. Depardieu bricole, Depardieu fait les courses, Depardieu fait les cent pas, Depardieu compte les voitures qui passent, déclenchant régulièrement l’hilarité de la salle.
Puis le film se transforme en une épopée sur deux roues, amenant ainsi notre héros sur les traces de son passé. C’est précisément à ce moment là que l’ennui s’est installé pour moi. L’épopée est certes marquée par des rencontres mais pas assez solides à mon goût. Ana Mouglalis dans son énième rôle de vamp à moitié dénudée, Benoît Poelvoorde déjà aperçu dans l’autre Dumas et Isabelle Adjani encore en femme songeuse et fragile toute vêtue de noire.
Si Gérard Depardieu reste impeccable dans le rôle tout du long, l’histoire ne suit plus. On se lasse de cette interminable et vaine recherche de bulletins de paie. La galerie de personnages excentriques croisés par le héros finit par donner au film un côté anecdotique. Dommage.
Sarah













