L’accréditation presse ou la complainte du nanti
En parcourant (attentivement) ce blog, je me suis rendu compte que beaucoup de mes camarades regrettent de n’avoir pas d’accréditation presse. Et pourtant ils ne savent pas ce à quoi ils s’exposeraient alors. Posséder le précieux sésame ne rend pas la vie plus facile ici à la Berlinale, bien au contraire.
Oui la fameuse accréditation rouge nous ouvre les portes du bel hôtel Hyatt, rendez vous des sommités de la presse internationale. Oui, elle nous permet d’accéder à des dizaines de salles chaque jour sur simple présentation de notre badge. Et oui, pour les quelques séances qui nécessitent tout de même l’obtention préalable d’un ticket, elle nous permet de bénéficier des quotas presse sans avoir à subir les files d’attente interminables auxquelles sont soumis le commun des festivaliers. En bref, oui elle nous permet de voir à coup sûr à peu près tous les films de la sélection. Mais c’est justement là que le bât blesse.
Imaginez. Chaque jour, lever aux aurores pour organiser minutieusement notre journée : 9h : der Räuber au Berlinale Palast ; 12h : New York Memories au Cinestar ; 16h : Michel Ciment au Cinéma Paris ; 17h30 : Hotel Hyatt pour les réservation du lendemain ; 20h : Exit Through The Gift Shop à l’Urania ; 22h30 : Blank City au Cinestar ; Minuit : diner et sommeil pour la reconstitution de la force de travail. Chaque jour le même manège qui recommence. Des journée à l’emploi du temps si bien ficelé qu’il ne nous reste même plus un instant pour déjeuner. Rendez vous compte ! Et finalement quel sens y a-t-il à cette boulimie cinématographique ? Soudain transformés en cinéphages, nous enchainons les séances : films à la recette blockbuster, documentaires narcissiques, bijoux cinématographiques et grands classiques, tout s’enchaine si vite que nous ne disposons même plus du temps de l’après-film, ce temps si précieux de la réflexion, nécessaire à l’analyse de ce qui s’est imprimé sur notre rétine. En fait nous consommons passivement des produits, sans que jamais nous ne puissions entreprendre une démarche active consistant ne serait ce qu’à nous demander « que viens je de voir ? Ai-je aimé ou non ? Et surtout, pourquoi ? ». Ce temps nous le passons à courir dans les couloirs du U-Bahn et dans les rues enneigées, afin de ne surtout jamais, ô grand jamais, rater la séance si méthodiquement insérée dans le programme élaboré la veille.
Notez que cet emploi du temps surchargé, et ce en dépit de tout notre bonne volonté, ne nous laisse absolument aucun répit pour ne serait-ce qu’une visite ou deux, ou encore une contribution active au blog… par exemple.
Passons rapidement sur les terribles risques pour notre santé : baisse de l’acuité visuelle à force de séances, perte de poids due à une sous alimentation inévitable et mal de dos chronique causé par les innombrables catalogues, revues de presse et informations spéciales que nous ne cessons d’ajouter à notre sac déjà bien trop rempli.
Et ce n’est pas tout. Connaissez vous les spectateurs journalistes ? Il n’existe rien de pire. Le summum du sans gène. Ils commentent à voix haute, allument leurs lampes de poche pour leurs notes, entrent et sortent de la salle comme d’un moulin. Et la séance terminée, ils se scrutent les uns les autres, espérant lire dans les yeux de leur estimé confrère ce qu’il a pensé du film, sur le quel lui n’a pas d’avis.
Et comme si tout cela ne suffisait pas, cette fameuse accréditation presse ne nous donne même pas accès au marché du film, le haut lieu du networking ; là où tout se joue en somme : nouveaux contacts de qualité, échange de curriculum vitae, obtention de stage professionnalisant et finalement, toute une vie réussie à la clef. Et bien non, à cause de cette accréditation que tout le monde convoite, tout ce bonheur ne restera pour moi qu’un doux fantasme.
Et avec tout ça, je n’ai même pas vu Bal, l’ours d’or 2010. Quelle dure vie.
PS : Acte manqué ? J’ai perdu mon accréditation hier soir, aux alentours du Mikz, Warshauer Strasse. Avis aux amateurs. Pendant ce temps je vais enfin pouvoir me consacrer au blog et autres révisions de partiels. Mais pour Bal, c’est décidemment bel et bien foutu. Larmichette.
PI












Lol, en même temps, a en juger par ce blog, tu es une stakhanoviste du film et tu n’as pas besoin d’accréditation pour ça ^^ (bon c’est pas comme si ct pas de notoriété publique)
Sinon je suis d’accord au sujet des journalistes, mais que ça reste entre toi et moi