La belle visite

Présenté dans le cadre de la section “Forum” de la Berlinale, le deuxième long métrage documentaire de Jean François Caissy – La Belle Visite – est un objet cinématographique singulier.

Prenant comme unique point d’ancrage physique une résidence pour personnes âgées dans la campagne québécoise, La Belle Visite est un film d’une beauté plastique et d’une subtilité remarquable. La caméra de Jean François Caissy frôle ses habitants, les accompagne avec pudeur, nous montre la vie personnelle et collective de ses hommes et femmes qui vivent au rythme des saisons et au gré des visites.

Les grands parents du cinéaste eux mêmes ont résidé dans cette maison, ancien motel routier coincé entre la route et la mer. Lieu de passage devenu lieu de fin de vie, la résidence sert d’unique théâtre au film.

Les plans, les scènes, les cadres de La Belle Visite sont autant de fenêtres sur ce microcosme cerné par la vieillesse et les complications qu’elle engendre. La suggestion est reine, Jean François Caissy s’interroge sur le sens et le rythme de ces vies en même temps que le téléspectateur, il propose de nombreuses pistes pour appréhender la vie de ses individus, entre souffrance et sagesse. Suivant les traces d’une certaine tradition du cinéma de l’ellipse et de la suggestion (se battant contre ce que Kieslowski appelle la “pornographie” des images imposées frontalement, posant une interprétation univoque), Jean François Caissy dépeint des situations complexes et polysémiques.

L’ennui, la peur, la noblesse des comportements de ses pensionnaires y sont effleurés, présentés avec subtilité et respect.
Pas de misérabilisme, de pathos ou d’enquête sociologique, La Belle Visite approche ce microcosme en tant que véritable terrain cinématographique, il n’est pas ici question de reportage ni d’enquête journalistique. La mise en scène montre “l’invisible” cher à Jean Luc Godard, révèle des situations complexes au sens pluriel et s’empare de l’esthétique de ce lieu et de ceux qui le peuple pour en extraire la beauté visuelle dont il recèle.
La mise en scène y est splendide, discrète mais très travaillée, sublimant les visages marqués par les années, les couleurs du temps qui passe et les mouvements de ces corps fatigués mais toujours nobles.

Ni entretien, ni narration, les scènes s’enchaînent comme autant de tableaux d’une richesse fascinante, des moments de vie composant la fresque globale quereprésente ce lieu où l’on vient finir ses jours.
Pas de personnages vedettes ni de trame narrative, le temps passe et les Hommes vivent simplement devant le regard  du cinéaste. D’Est, film de Chantal Akerman réalisé en 1993 et projeté dans la section “Forum Expanded” propose le même type de construction, poussée à l’extrême. Une succession de plans fixes et de plans séquences documentaires dépeignent – sans paroles ni schéma narratif – une Russie complexe et diverse, pleine de beautés et de peine.

Le jeune metteur en scène canadien signe ainsi un film fort et exigeant, perpétuant l’idée d’un type de cinéma pourtant trop peu mis en valeur, le documentaire dit de “création” faisant le pont entre cinéma de fiction et documentaire didactique classique.

Jean François Caissy s’impose ainsi comme un cinéaste prometteur, la simplicité subtile, l’inventivité discrète et la beauté de sa mise en scène pose d’ores et déja La Belle Visite comme un des documentaires importants de l’année en cours.

T.L

~ par d2aprod le février 21, 2010.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.